A TIRE-D’AILES

Ce texte écrit pour Les Plumes, atelier de mon blog principal me tient à coeur aussi j’ai souhaité le conserver ici où c’est plus clair que sur Les lectures d’Asphodèle… En attendant d’autres poèmes (sans que ce soit de vrais poèmes classiques) écrits en rafles sur deux carnets depuis juin, avec du bon et des ratures ! 😉

À TIRE-D’AILES…été femme blanche dissoute dans le sable tersessenta

J’aurais pu vous conter une aventure d’Anastasia, mon héroïne qui passe sa vie à galoper, sans perdre une seconde, à la recherche de son amour perdu, Diego. Ou de l’attente de Léonora. J’aurais pu vous parler du repos des anges qui n’en peuvent plus de secourir le pauvre monde depuis que celui-ci ne jure que par les mantras anabolisants du développement personnel et tant qu’à faire, durable. J’aurais pu vous écrire trois pages de mon adolescence pensionnaire où j’ai découvert le plaisir de la lecture en oubliant la scolastique que des professeurs zélés nous enseignaient. J’aurais pu…

Ce n’est pas l’imagination qui fait défaut. Non, c’est plus sournois. Ainsi en est-il à l’heure des interrogations quand ce que nous faisions avec passion prend des allures de citadelle imprenable. Quand les mots se délitent et nous fuient. Ces édifices d’encre que nous nous efforçons de construire sur notre chemin de vie,  la mémoire dans la paume de nos mains ouvertes, se transforment en cathédrales de sable s’effritant à la marée montante. Parce qu’il arrive un moment, fatalement, quand on écrit sans discontinuer depuis des années, où le cerveau a besoin d’une vacance salvatrice. Je ne parle pas des vacances, loin de la routine quotidienne, dans un décor autre que celui où nous vivons, non juste cette échappée de soi-même, cet état tremblé où nous aimerions disparaître des radars, cet oubli que nous appelons le soir au crépuscule, un oubli qui ressemble à l’instant où nous basculons dans l’inconscience heureuse du sommeil. Là où les langueurs et les longueurs du temps s’étirent à l’infini, où les obligations tombent comme des murailles de pisé, nous offrant un horizon illimité proche de l’immortalité dont nous rêvons en secret. Pas celle inventée pour les vampires et autres personnages imaginaires, pas celle des églises où des femmes agenouillées de lassitude prient pour expier des péchés et gagner un improbable salut de l’âme après la mort , essayant d échapper à la lucarne d’ennui de leur vie étroite.

Ces jours là, assise dans le sable qui me rappelle ma finitude, je vois se soulever des vagues violine aux reflets anthracite, elles ont la couleur des mots qui s’échappent de ma plume, elles dansent, sensuelles comme des lianes orientales qui feraient tinter leurs bracelets d’or et d’argent, elles étouffent sous l’écume les douleurs qui remontent des canalisations, elles frappent dans leurs mains pour détourner l’attention et dans un cercle de feu, s’élancent comme des oiseaux libres et insouciants à la recherche, non pas « du temps perdu qui ne se rattrape plus », mais des âmes vivantes, debout qui ont encore à écrire leur histoire ailleurs que sur l’épitaphe inscrite au marbre des tombeaux.

Alors, je regagne ma maison et traverse le champ où des coquelicots d’été déploient au vent leur corolle éphémère, taquinant les timides bleuets et les marguerites insensées qui s’effeuillent à la première amourette. Je souris à cette soirée qui n’en finit pas de repousser la nuit, elle est là mon éternité, blottie dans ces parenthèses que je ne prends plus le temps d’ouvrir… ©Asphodèlecoquelicots chardons au crépuscule PRC sur FB

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