101/366 Aujourd’hui une confidence

a confidence un coeur d'oiseau dans le cielUne confidence
Par essence
Est secrète
et réservée
à un être
de confiance.
Une confidence
c’est un murmure
en nous, qui danse
avec ses rires
et ses ratures.

Elle peut chanter si fort,
qu’il nous faut la confier très vite,
À perdre haleine.
Elle peut devenir
Un fardeau que nous déposons
Comme un manteau de plomb
Sur les épaules du confident…
Qui n’en demandait pas tant.

Ou à l’inverse, elle réjouit
Celui qui parle
et celui qui écoute.

C’est ainsi que la confidence
devrait s’échapper de notre coeur,
légère, souriante, celle qui a fait dire à mon amie
qui passait aujourd’hui :
« Bon, et maintenant si on prenait un verre ? »IMG_0554

©Asphodèle – 12 juin 2015

Moins de 100 mots : 108
Sur le vif : oui
éléments du réel : oui
En accord avec le thème : oui

68/366 – Aujourd’hui, une multitude de

IMG_0662Une multitude peut être l’agression du nombre contre le solitaire. J’aime aussi quand la multitude crée une harmonie de temps et de lieu. Je pense au frémissement blond d’une multitude de blés dans les champs de juillet juste avant les moissons, à l’or de ceux de colzas en avril ou encore aux vagues blanches des champs de lin qui ondulent sous le vent et laissent à penser que des étoiles sont tombées sur terre.
Aujourd’hui un parterre de salade bien fourni dans le potager cultivé par un fervent jardinier, une seule a suffi au bonheur de mon déjeuner…

©Asphodèle – 10 mai 2015

Moins de 100 mots :98
Sur le vif : oui
éléments du réel : oui
En accord avec le thème : oui

100/366 réels – Aujourd’hui si je portais des lunettes roses

a lunettes roses ce que je vois avec les verres rosesJ’écrirais des vers qui riment avec volupté Je raconterai l’infini flouté Que j’aimerais voir descendre sur ma vie. Ne plus penser À la terre qui m’attend Sous le silence du tombeau au bout du chemin du temps qui transforme les regards  en eau…

Je continuerai de rire les soirs de juin avec mes amis et j’ouvrirais les bras aux buissons de roses À la terre qui exhale ses ivresses et faire la nique aux névroses transformées en caresses murmurées par le vent sur ma terrasse qui embaume…a chevrefeuille chez les filles d'à côtéIMG_3107IMG_3105IMG_3157IMG_3159IMG_3029IMG_3003IMG_3006IMG_3013IMG_3044IMG_3160IMG_3161IMG_3162 IMG_3112

©Asphodèle -11 juin 2015

Moins de 100 mots : 86 Sur le vif oui éléments du réel oui En accord avec le thème : oui

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Aujourd’ui, addiction – 91/366 réels -2 juin 2015

IMG_3137Est-il besoin d’aller chercher plus loin ?  D’en dire plus ? Le mot addiction est devenu péjoratif puisque la plupart d’entre elles sont considérées comme toxiques par l’Organisation Mondiale de la Santé (tabac, alcool, sucre, gras et j’en passe). Or ce siècle se préoccupe beaucoup de mourir en bonne santé plutôt que d’assumer ses « péchés » (amen). le politiquement correct que j’assimile à de la pudibonderie et à une frilosité galopante étant venu surenchérir, avoir une addiction aujourd’hui, c’est s’exposer aux regards assassins de ceux qui n’en ont pas (ou alors des mignonnes avouables) et développent un syndrome malsain de chasse aux sorcières ! Au bûcher les addicts de tous poils, ça me rappelle presque une époque où il fallait être blond aux yeux bleus pour avoir le droit de vivre… Alors oui, c’est pour notre « bien », le grand mot est lâché et puis tant qu’à faire à avoir un cancer, autant en choisir un « propre », que l’on n’aura pas cherché…

©Asphodèle – 2 juin 2015

Moins de 100 mots : raté, 154…
Sur le vif et à vif : oui
Éléments réels de la journée : hé oui…
En accord avec le thème : oui

Aujourd’hui, que reste-t-il ? – 90/366 réels – 1er juin 2015

fille de dos infinite-paradoxQue reste-t-il de ma journée ?
Que reste-t-il d’aujourd’hui
quand on arrive déjà à demain ?
Pourquoi est-ce déjà hier
cette journée de fruit sucré
savoureuse et enchantée ?
Pourquoi le printemps à peine né
Va-t-il s’effacer
sous le soleil de l’été cajolant ?

Ce qu’il reste de nous ?
de notre jeunesse flamboyante,
des galops sous les étoiles

un amour contre le coeur
qui a mis les voiles.

Ce sont nos pas
qui résonnent
dans les couloirs du temps
d’hier et d’aujourd’hui
avant que demain
ne nous emporte…

©Asphodèle – 1er juin 2015

Moins de 100 mots : 82
Sur le vif : oui
Éléments du réel : oui…un peu !
En accord avec le thème : oui

Aujourd’hui, une pensée sauvage – 84/366 réels – 26 mai 2015

cerises fraises pensées sauvages lys 2 fin mai 14Les pensées sauvages s’insinuent entre les autres végétations du jardin avec une grâce qui leur est propre. Elles redonnent de la légèreté, de l’insouciance et de la tendresse  à leur côté herbe folle. J’adore en voir autour de mes fraisiers ou dans le rang de persil, clin d’oeil décalé et élégant, comme une mouche qui se serait posée sur la pommette d’une beauté des années 30 rehaussant l’éclat de son teint. Aussi aujourd’hui, quelle ne fut pas ma surprise, de voir, loin de la jardinière où poussent les pensées « domestiquées », dans le parterre de rosiers, une pensée jaune qui s’est ensauvagée par je ne sais quel mystère…

©Asphodèle – 26 mai 2015pensée domestiquée qui a poussé dans les rosiers toute seule !

Moins de 100 mots : 106 oups !
Sur le vif : oui
Éléments du réel : ha oui ! 2 fois !
En accord avec le thème : une façon de l’exploiter…

Aujourd’hui, assez de… 80/366 – 22 mai 2015

gif coquelicots vanishing intoclouds tumblrAssez de tout. Et de rien. Oui, dit comme ça c’est un peu sibyllin et réducteur. Mais encore ?  va-t-on me demander . Comme je n’aime pas me perdre dans les détails et autres justifications qui n’ont d’intérêt que pour ceux qui connaissent le Tout (et le rien), je dirai simplement, aujourd’hui particulièrement… assez que les instants de bonheur ne durent jamais longtemps, qu’ils ne soient qu’une trêve entre deux méchancetés de la vie…

©Asphodèle

Moins de 100 mots : 71
Sur le vif : oui
Éléments du réel : oui
En accord avec le thème : oui.

QUAND NOUS NE SERONS PLUS…

a marée basse  gris ardoiseMa vie à marée basse
Qui regarde l’horizon
Repoussé
Par les doutes qui passent
Comme d’éternels poisons.cople n&b myfotolog tumblMon amour,
Quand nous ne serons plus
Que ces morceaux de bois flotté
Que l’on voit sur les plages
Échoués
Blancs, livides, évidés
De ce qui fut l’amour
Gisants, abandonnés,
Ventrus
Repus d’âmes perduesbois flotté coeur PinterestQuand nous ne serons plus
Que ce bruit immatériel
Ce murmure incessant
Que nul ne peut saisir
Il est déjà parti…
Je te parle du ressac
Du flux et du reflux
Des marées éternelles.a écume

Alors que serons nous ?

Cette palpitation ?
De la mer, du ciel
Et de nos coeurs éteints ;
Cet envol fragile
Qui se meurt sous l’écume

Vers l’éternité

Vers l’oubli…

Photo Aifelle - clic

Photo Aifelle – clic

©Asphodèle-2014

VOILURES…

Et un jour, ils s’en vont les bateaux…navire brume hampshire
A marée haute, les fonds de cale emplis de souvenirs de terre, d’amours de femmes embrassées avec fougue. Pour qu’elles n’oublient pas ces baisers d’au-revoir quand ils seront allés et qu’il fera tard la nuit dans les grands lits froids
d’absence

qui s’éternise…
Elles ont agité la main longtemps, là-bas sur les quais déjà brumeux de l’automne à venir. S’en sont retournées au logis d’un pas lent, comme celui de ceux qui
montent à l’échafaud.
Elles savent que dans l’âtre, sous le feu qui s’éteint, c’est l’attente qu’elles vont attiser. Elles auront beau souffler sur les braises, raconter des histoires aux enfants pour passer le temps, elles savent déjà
le corps qui se replie sur le désir,
La petite voix qui leur dit « pas avant six mois ma petite »…

Elles guetteront le facteur qui sonne drelin drelin la cloche sur sa bicyclette
quand arrive une lettre.
Alors elles sortent échevelées, en robe de nuit parfois, elles tendent leurs mains affolées vers l’enveloppe bariolée de timbres chamarrés avec des noms exotiques dans le tampon qui fait un rond, souvent plusieurs
pour indiquer la ville d’expédition.
Ils ne disent jamais grand-chose pourtant les Vincent, Gilles ou Gaétan qui sont partis aux antipodes, aux colonies ou plus loin quand ils ont la maison à payer…
Ils reviendront les poches pleines, des cadeaux dans les mains pour celles qui ont attendu et ne demandent jamais s’ils ont été fidèles
Question taboue.
Réponse muette
pour ne pas mentir.
Les premiers voyages, quand ils en reviennent, ils parlent, ils parlent sans s’arrêter. Elles pourraient presque sentir le goût des épices sur leur langue tant ils mettent de coeur à donner le moindre détail de ce
qu’ils ont vu, senti, aimé…
Elles écoutent, rassurées par ces grands discours
envahis d’ailleurs,
un ailleurs qui ne leur a rien pris, qui a rendu leur homme
meilleur.
Elles ne voient pas,
pas encore,
cette eau bleue qui stagne en rebord de leurs yeux
derrière le regard franc…
Elles ne voient pas
Cet angle mort
où se glissent les mensonges
qu’ils taisent
pour ne pas qu’elles souffrent….

©Asphodèle

QUAND J’ECRIS…

écrire mains dentelle nature-and-cultureQuand j’écris…


J’aborde à des rivages

Inconnus
J’entre dans un monde
D’infinis
Et de lumières nues
Sans frontières
Ni cordes
aux poignets.

Quand j’écris…

Au coeur, une  lumière blonde
D’école buissonnière, de liberté

Qui explose les barrières
Sans retenue.
Quand l’eau monte et déborde
.

J’ignore jusqu’où les mots vont m’emmener
Où se poseront les oiseaux
de couleur

Qui peuplent mes forêts
Intérieures.

Où se cacheront les douleurs
Autant que les rires ?

Pourquoi ici une larme que l’on n’attendait pas ?
Pourquoi là cette grâce désarmée ?plume encrier fleurs séchées umla

Ce que mon âme a retenu
Des errances passées

avance à petits pas,
Se transforme
Prend forme
Sous ma plume fébrile
Prompte à raturer
Avant de triturer

le fond de l’encrier…

Quand j’écris...paon vitral années 30 Romantic Home Bliss & Forgotten Elegance page FB 03.04

C’est le frisson de l’inconnu
Jusqu’au moment où les mots

Enfin s’animent
Dansent et font la roue
Tels les paons bleus
De mon grand-père…
Enfin s’assemblent
Et légèrement tremblent
Pour retracer

Ce que je n’ai pas dit…

©Asphodèle – juin 2014

 

ET SE RELEVER…

pluie fille de dos tableau vanishingintocloudsDes mots de pluie sur tes lèvres
Blessées.
Coupants comme les rasoirs
Qui lacèrent les amours
De rancoeurs accumulées,
De non-dits qui en  ont trop dit
Ou pas assez
Dans leur silence de sable…
Et moi, croyant me protéger,
J’ai roulé sous la vague,

Projetée contre contre les rochers
Sonnée de tant de hargne
Qui sert à piétiner
Ce que l’on a tant aimé.

C’est donc ainsi
Que finissent les amours ?
Le cri des hyènes
Dans l’air du soir
Rejoint la plainte des chiennes
Abandonnées.

Et moi, femme
Brisée mais encore debout
Parmi les ruines
Je n’implore ni Dieu
Ni personne, je sais déjà
Que seul l’écho du silence

Me répondra de sa voix muette…

©Asphodèle

Volatil et futile…

flacons fleurs séchées lylouanneVous en mettrez derrière les oreilles
me dit la vendeuse,
Moi je pense aux creux des poignets,
à la base du cou,
là où le coeur bat, là où l’eau de la rose
et la poudre de l’iris,
l’indicible ylang-ylang
vont se mêler à mon sang.
Elles courront sous ma peau,
sur le chemin des veines
les odeurs du printemps…
qui donnent l’illusion
d’être reine
d’une saison
On ne peut les retenir toutes.

De l’éphémère au volatil…

De mon flacon ouvert
S’échappe un peu
de ce que je suis…

Mon flacon refermé
contient ce que j’étais.

©Asphodèle

flacon printemps tersessenta tumblr

SUN SHINE

Comme je l’ai dit sur la page « à propos de moi », ce blog n’est pas destiné à être « connu » ! Il me sert de coffre-fort, de refuge pour écrire au fil du vent, regrouper des écrits avant que l’encre ne se dilue sur le papier jauni. Je vous présente un poème écrit à 15 ans. Je cherche le tout premier dans mes archives, il viendra, en attendant, celui-ci dans ma période baudelairienne-existentialiste-désespérée paradoxalement intitulé : SUN SHINE, yeah !

Ces jours gris où pleure la vie…gif pluie vanishingintoclouds tumblr

Sous le ciel de fumées grises s’écoulent, comme une ombre, les lueurs amères de nos coeurs. Quand la solitude blesse l’âme souillée de rêves, méprisante au désir de vivre ; les fleurs si douces et le vent meurent aussi…

Ces jours gris où pleure la vie, où la mort hante l’âme, je désire tes lèvres et caresser ton corps…

Mais ton sang que j’ai bu enivre mon angoisse, les peintres ont créé le bonheur éternel. Alors les couleurs, comme des voix d’enfant éclatent dans l’espace. Et le chant s’élève des souffrances humaines lourdes de nuages ivres où le feuillage vibre agité de folie.

Les musiques du vent et les cristaux solaires voilent nos yeux.

Quand l’eau s’éveille et valse…

©Asphodèle

Un certain silence…

statue lylouanneDormir sur mes larmes
Pour qu’elles sèchent
Dans mon sommeil.

Dormir sur les orages
Qui m’empêchent
De boire du soleil.

Dormir dans  la tempête
Au milieu du fracas,
Ne plus être là
Pour personne.
Coeur en fête
de pacotille…
Qui détonne
Qui écorne
Les pages sombres
Que je tourne
Sans me retourner.

Dormir pour oublier
Que demain au réveil
Tu seras là, encore
Et encore,

Inoublié.coeur bijou _ google

©Asphodèle

Ô mes nuits blanches !

bougie plume hearts-of-glassMerci la nuit
Je te retrouve
Blanchie
Après tant d’années
A vieillir ensemble.

Merci la nuit
Quand tu me glisses
Dans ma paume
Des mots bonbons
Volés à l’épicerie.

Merci pour le silence
Étrange et mouvant
Du sommeil échappé
Derrière la lune,
Caché.

Qu’importe ?

Le soleil d’insomnie
Brille d’éclats
Obliques,
Brisés.

Au coeur des failles
On dort au pied
De nos murailles.

©Asphodèlebougies mur hearts-of-glass

C’était hier soir…

lylouanne-tumblr-chaise-en-robe.jpgMa robe abandonnée sur le dos de la chaise pèse léger. Voile du jupon, blancheur du coton. Elle me chuchote qu’hier tu me l’as enlevée. Doucement. En remontant, en enroulant tes jambes entre les miennes.

On entendait le bourdonnement d’une guêpe perdue derrière les volets clos. Je me souviens, j’ai bu à tes lèvres ce qu’il restait d’eau. Soif de l’amour. Tu t’es amusé à habiller la chaise et tu m’as allongée sur le grand lit aux draps blancs. Un peu rêches…du lin sûrement…

Nous nous sommes évanouis ensemble dans ce sommeil profond qui surprend les amants.

Ce matin, au réveil, là… ma robe sur la chaise qui pose, royale de blancheur,
et toi qui recommence…

©Asphodèle

NE MARCHE PAS SUR MON COEUR.

 

coeur coquillages sur FB

Assise sur un rocher
plus plat que les autres,
indifférentes aux brisures
d’écume
qui me fouettent le visage,
je viens de déposer mon coeur
entre un bigorneau et une algue pleurante.

Il est encore rouge, palpitant
il est le gardien
de mes joies et de mes larmes
témoin d’années de vie
à battre la chamade
et courir la campagne.

Alors s’il te plaît
quand tu viendras
je sais que tu viendras
Ne marche pas dessus,
ne l’écrase pas sous ton pas
indifférent.
Il parle aussi de toi.

©Asphodèleforever manuscrit vanishing

AUTRE VERSION (commencée et abandonnée, je le livre tel que sur le brouillon du carnet)

Ne marche pas sur mon coeur
N’y dépose plus tes pleurs
Ni tes cris,
C’est toi qui est parti.
Respecte ma douleur
Oublieuse des heures
Passées à t’attendre.
Des heures de malheur,
Un temps à se pendre.

Ne marche pas sur mon âme
N’approche plus des flammes
Qui brûlent encore
Quelques bûches pour l’espoir,
Pour oublier l’au-revoir
Laissé sur papier glacé,
Une lettre signée
Du sceau des défaites.

Ne marche pas…
N’entre plus…
Disparais !
A jamais.

©Asphodèle

Souvenance

gif chabada n&b mer vanishibgintoclouds tumblrMon amour, t’en souviens-tu seulement de ces mots accrochés à tes lèvres, ces mots qui disaient « toi et moi » , « toujours », « infini »…et sans doute que j’en oublie. Sans doute aussi, les fontaines continuent-elles d’éclabousser de joie les amants penchés au-dessus des vasques, à la recherche des reflets de leurs baisers, écho  mouvant  des gestes répétés depuis la nuit des temps. Ils ne pensent qu’à l’ombre dorée des chambres l’après-midi quand les corps se répondent et oublient déjà que leurs pas sur le sable s’est effacé. De l’éphémère soupir ils ne savent rien. Pas même qui s’envolera dans le rire clair d’un soir d’été laissant à celui qui reste l’immensité pour pleurer et le mouchoir froissé des regrets caché sous les replis amers d’un lit à jamais défait.

©Asphodèle

Le piano abandonné…

Piano GwenLa consigne de ce dimanche à l’atelier de Skriban était la photo suivante : un piano abandonné à La Pointe-du-Raz, en Bretagne. Que nous inspirait-il ? Ma participation ci-dessous.

Il avait dû quitter le navire. Non comme un rat après un naufrage, mais parce que la femme du capitaine était trop belle. Quand il jouait le soir devant une foule aux trois-quarts indifférente, elle s’accoudait de l’autre côté du piano. Elle posait sa coupe de champagne et ses longs doigts gantés battaient la mesure tout en plongeant ses yeux sombres dans les siens. D’un sourire, elle le faisait chavirer. Il oubliait qui il était, il jouait pour elle, pour la nuit derrière les baies vitrées de la salle de bal, ses notes déchiraient le temps, s’affolaient, il ne faisait qu’un avec son piano, un plus une quand elle était là…

On l’avait renvoyé sans préavis. Depuis, il arpentait son bout de terre sauvage, solitaire, exilé, à moitié fou. On l’avait oublié.

Ce matin, il avait cru rêver en voyant le piano debout sur la lande, face à la mer. C’était le sien. Celui qui l’avait suivi vingt ans durant sur les paquebots minables où il gagnait sa vie. Il avait reconnu l’échancrure dans le bois, les lettres gravées, sur le côté… Il se souvint de cette après-midi là ; les sanglots de Summertime se mêlaient aux chuchotis du vent entre les vagues. Elle était là, debout à contre-jour dans la salle. Fasciné, il avait plongé dans son regard tout entier, là où s’accrochent les reflets argentés qui bruissent d’écume en frissonnant. Et le capitaine était entré. Le fracas et le chaos avaient suivi. Un an qu’il était là, seul comme un chien.

Comme un automate, il courut jusque chez lui, s’empara d’un bidon d’essence. Il courait sans réfléchir. Surtout ne pas réfléchir. Son passé, sa vie s’arrêtaient là, au bord de ces rochers. Pourquoi ne l’avait-elle pas rejoint ?

Peut-être retrouverait-il dans les flammes la couleur des crépuscules passés avec elle, mêlée dans ses cheveux, la couleur de l’amour dans les notes rejouées, ces notes qui s’enfuient sous les cendres des sables, roulées par les marées. Quand il craqua l’allumette, il entendit un cri, plus bas, vers la plage et alors il la vit. Elle en avait mis du temps.